Reflexions
Sur l'usage du mot «création»


 

Sur l'usage du mot «création»

Il est courant de nos jours de parler de création à propos de tout et de rien. Il n'en fut pas toujours ainsi. Jusque vers les années 50, autant que je me souvienne, ce mot-là n'était associé qu'à la Genèse. On ne lui accordait alors (au Québec), du moins dans le milieu où  je vivais, qu'un seul sens: «L'action de créer, de tirer du néant.» Ainsi donc, compte tenu du contexte catholique de l'époque, une création ne pouvait avoir d'autre origine que divine et il aurait fallu être doué d'une drôle d'estime de soi pour aller jusqu'à prétendre pouvoir créer. Voilà pourquoi, de toute ma jeunesse, je n'ai entendu quelqu'un dire: «J'ai créé une robe, une recette, un meuble». On disait tout simplement: «Regarde ce que j'ai fait, construit, fabriqué.». Les «patenteux», ces fabricants d'objets bizarres (utiles ou inutiles mais toujours amusants), allaient jusqu'à parler de leurs «inventions» mais au grand jamais de leurs créations! De quoi périr en enfer par péché d'orgueil, aurait dit le curé (!) Quel ne fut pas mon étonnement, et celui de mes confrères, lorsque j'entrai à l'École des Beaux-Arts de Montréal, d'entendre les professeurs brandir l'expression de «créations», en référence à des travaux d'artistes reconnus, et même nos peureuses et malhabiles tentatives!