Reflexions
Sur la concentration et l'état de grâce


 

Sur la concentration et l'état de grâce

 
En état de concentration, suis-je vraiment moi-même? Moins ou plus que moi-même? Qui donc travaille par mes mains? Les autres peut-être autant que moi, à qui je dois, pour une grande part, d'être comme je suis. Voilà pourquoi à la fin d'une oeuvre, j'ai presque toujours envie de dire merci à ceux que j'aime - vivants ou morts - et même à des étrangers qui prennent la peine de s'intéresser à mon ouvrage ne serait-ce qu'en l'effleurant du regard... J'irais même jusqu'à dire, et ce serait plus juste, qu'à certains moments d'exaltation, cette sympathie-là pour mes semblables est si grande que j'aimerais, sans les connaître, pouvoir leur dire merci à tous, leur dire qu'ils sont beaux, plus que tout le reste (oiseaux, fleurs, ciels bleus qu'on admire tant!), même quand ils sont vieux, défaits, usés et que leurs paupières tombent sur des yeux sans avenir. Quand aux jeunes, si beaux de rêves et de promesses et d'énergie, comme celle des chevaux luisants au soleil, j'aimerais leur proposer après Rodin de suivre "l'exemple des artistes ou, mieux, qu'ils deviennent tous des artistes eux-mêmes, car le mot, dans son acceptation la plus large, signifie (... ) ceux qui prennent plaisir à ce qu'ils font.»