«Tout l'œuvre de Roger Langevin (...) parle du pays profond, de son histoire passée et de son devenir moderne. Cela lui confère une force symbolique rare et une entière légitimité contemporaine» -Jean Arrouye

Nouvelles


11 Septembre 2015

Passage à gué

Avec l’installation récente de « Passage à gué » au Parc Beauséjour, le Jardin de sculptures de Rimouski compte maintenant sept œuvres, toutes réalisées sur le thème des relations humaines. Ici, la légèreté bondissante de l’enfant (au centre de l’œuvre) et la prévenance des parents (qui forment une voute) expriment à la fois les valeurs de liberté et de protection. Sur le plan proprement sculptural, le rapport dynamique qui existe entre les vides et les pleins en font une pièce éloquente sous tous les angles.

07 Août 2015

Le cocktail, les congressistes et le mariage : trois sculptures conçues pour l’Hôtel Rive-Gauche

Le défi est toujours grand d’illustrer en sculpture une activité pouvant paraître factuelle ou, au contraire, déjà chargée symboliquement. L’esthétique doit alors transcender l’anecdote ou éviter le cliché pour que l’œuvre ait sa propre résonnance. Pour traduire en sculpture les trois grandes activités se tenant à l’Hôtel Rive-Gauche dans un environnement  à la fois chic et champêtre, l’artiste a travaillé à partir d’une convention, soit la relation entre deux personnes. Ainsi, des activités aussi diversifiées que la restauration, les réunions d’affaires et les mariages ont pu trouver un écho dans cette trilogie l’élégance et le caractère monumental de la sculpture se confondent.   

 

Le cocktail (remarques de l’artiste)

Une sculpture n’étant pas une annonce publicitaire, j’ai  surtout  voulu dans Le cocktail déborder le thème de la bonne table  et des bons vins;  même si l’Hôtel Rive-Gauche est très réputé à ce chapitre, mon intention a  d’abord été  de créer  un instant de vie. J’ai voulu, tout en montrant  la  beauté physique des deux jeunes femmes en présence, mettre en évidence leur  bienveillance réciproque. Voilà pourquoi cette œuvre, tout en exprimant une action concrète facilement perceptible par tout un chacun, est avant tout l’expression d’une relation humaine tournée vers la joie de l’échange au-delà des rôles  ou  d’une différence de statut social entre la serveuse et sa cliente.  

 

Les congressistes (remarques de l’artiste)

À  l’opposé de cette première œuvre exprimant un moment de repos, la seconde illustre surtout une tension : celle que l’on  connaît  lors d’une période d’intense réflexion. L’Hôtellerie Rive- Gauche étant  le foyer de nombreux congrès, il importait d’y placer une sculpture rappelant cette activité. L’œuvre, intitulée justement Les congressistes, se veut  représentative d’une séance de travail: celle d’un couple en train de poursuivre une recherche, par le son et l’image, au moyen de ces outils indispensables que sont devenus l’ordinateur et le téléphone portable. Un grand cartable s’ajoute à l’ensemble: au bras de l’homme, en position verticale, cet élément rectangulaire fait écho à  l’ordinateur posé obliquement sur la table, face à la femme qui s’y appuie fermement. Comme dans l’œuvre  précédente, on perçoit bien dans cette sculpture-ci l’accord formel  qui existe entre les personnages et les objets qu’ils utilisent: autant les lignes courbes envahissent la première sculpture, autant ce sont les droites  qui prédominent dans la seconde.  

 

Le mariage (remarques de l’artiste)

La troisième sculpture, Le mariage, n’est pas visible de la rue car elle est située dans le jardin, à l’arrière de l’édifice, spécialement utilisé lors de cérémonies nuptiales. L’œuvre, comme les deux précédentes  est plus grande que nature. Elle représente un couple de nouveaux mariés;  non pas en position statique comme devant la caméra, mais en marche, avec leurs jeunes visage souriants tournés l’un vers l’autre. J’ai voulu  de cette façon exprimer symboliquement l’idée d’un avancement, à deux, dans l’existence. L’œuvre, tout en étant traditionnelle en apparence, par les incontournables costumes de cérémonie, trouve son originalité dans des accords formels harmonieux; notamment dans la traîne de l’épousée qui ondule derrière elle comme une vague, et jusqu’à cette cravate du jeune mari qui semble au vent vouloir la rejoindre. Toutefois,  ces détails, qui sautent aux yeux à prime abord, ne seraient que des éléments anecdotiques sans valeur s’ils n’étaient pas soutenus au point de départ par une construction formelle, elle-même signifiante. Autrement-dit, en sculpture, le climat d’euphorie que vivent ensemble deux êtres au moment de leur promesse d’union n’émane pas que de leur costume d’apparat ou  de leur seule physionomie mais du rythme de leur démarche entière. Voilà ce que j’ai voulu montrer ici.  

  

22 Mars 2014

Couple enjoué dans la neige

 
L'art monumental habille non seulement l'espace public, mais il revêt et révèle aussi la beauté des saisons. L'art du regardeur est aussi une création, a fortiori lorsque celui-ci est un photographe de talent comme Martin Hughes.
 
Informations techniques de la prise de vue
Caméra : NIKON D600
Focale : 55 mm
ISO : 125
Ouverturef/2.8
Vitesse d'obturation : 1/500 
21 Mars 2014

Projets de monuments commémoratifs pour Lac-Mégantic et L'isle-Verte

 
L'artiste peut jouer plusieurs rôles au sein d'une communauté. L'un de ces rôles, c'est sans doute de représenter la vie, dans ce qui se vit de beau ou d'effroyable; c'est d'être interpellé et de produire une œuvre avec une certaine portée symbolique qui résiste au temps et qui accompagne la mémoire des hommes. Récemment, le Québec n'a pas été épargné par des drames qui, on le sait, auraient pu être évités. Le caractère funeste des tragédies du Lac-Mégantic et de L'Isle-Verte imposa ici à l'artiste une esthétique « distanciée » qui laisse place, tel un espace vierge, à ces vies qui ont été fauchées. Ce travail d'évocation prend forcément deux formes différentes bien qu'apparentées par leur élégance et l'équilibre qui existe entre les pleins et les vides, la « présence » et la « disparition ». 
 
Chaque monument commémoratif réunit un nombre d'éléments architecturaux équivalant au nombre des victimes. La couleur blanche incarne la pureté, l'essence même de la vie et l'envers du sinistre. Les 47 colonnades du projet du Lac-Mégantic évoquent non seulement les personnes, mais aussi les arbres calcinés, ébranchés et demeurés debout après l'incendie, tandis que les 32 voiles bombées au vent d'un voilier schématisé rappellent la vie de ceux et celles qui vivaient au bord du fleuve et qui étaient portés par une vie bien remplie avant leur dernière escale.  Au centre de ce monument, le vide s'apparente à une croix (pour les gens qui veulent bien la voir). L'idée du bateau associée au passage dans une autre vie date de l'antiquité égyptienne (la barque de Rê). Les noms des disparus seront inscrits sur le flanc du bateau en rangées verticales sous les voiles, ce qui les relie de manière plus personnelle.
 
En suivant ce lien, vous pourrez voir un reportage du Téléjournal diffusé le 10 mars dernier (entre 30:32 et 43:55).
 
Vous pouvez aussi lire l'article de Pierre Michaud, du Progrès Écho, en suivant ce lien.
02 Novembre 2013

L’esseulée

 
Voici L’esseulée, la plus récente œuvre de Langevin, commanditée par un donateur anonyme, à la suite du suicide d’une adolescente, victime d’intimidation.
 
L’œuvre a été réalisée en fibre de verre en douze exemplaires dans le but d’être installée aux quatre coins du Québec.
 

Description

L’œuvre nous montre trois adolescents légèrement plus grands que nature, en position assise sur deux bancs. Les personnages, par leur attitude, sont représentatifs des trois éléments propres au phénomène de l’intimidation : l’intimidateur, le témoin, la victime. À noter que l’espace vacant près de L’esseulée permet à quiconque désire symboliquement l’accompagner, de s’asseoir à ses côtés. Ainsi par sa présence, le spectateur prend littéralement position contre l’intimidation. Lorsque cette version virtuelle de l’œuvre est acheminée sur le Web par une photo, le message prend alors toute sa dimension. 
 

Historique du projet

Il n’est pas habituel pour Langevin, comme chez bien des artistes, d’associer son art à la défense d’une cause si grande soit-elle. En ce cas-ci, c’est à la suite du suicide médiatisé d’une adolescente de la Gaspésie qu’il a répondu à l’appel d’un donateur anonyme voulant installer une œuvre dans cette région.
 
Le sculpteur s’est senti concerné non seulement par ce suicide duquel il fallait collectivement pouvoir tirer des leçons, mais aussi par le fait qu’une de ses propres filles avait jadis elle-même été gravement intimidée. Une fois le modèle original de L’esseulée réalisé en argile, l’idée de multiplier l’œuvre en vue de la placer en divers endroits du Québec s’est imposée
 
Toutefois, l’élan du cœur de l’artiste (qui ne récolte aucun profit des reproductions qu’il réalise avec son équipe) ne pouvait à lui seul réussir à convaincre les instances municipales ou régionales d’acquérir une œuvre et d’assumer les coûts minimums de production, soit 10 000 $. Heureusement, quantité de personnes un peu partout en région se sont mobilisées pour faire connaître le projet et faire en sorte qu’il voit le jour dans leur coin de pays. Pour aider à cette diffusion élargie de L’esseulée, un donateur s’est engagé à couvrir les frais de transport et d'installation sur les sites choisis par les municipalités. Il s’agit de la Société de gestion COGIR dont l’engagement social, notamment auprès des retraités, est bien connu. Dans les faits, c’est une véritable chaîne humaine qui s’est formée avec l’objectif de mettre un terme à la banalisation du phénomène de l’intimidation.
 
Cette campagne spontanée est en bonne voie de se réaliser à la grandeur du Québec puisque sept municipalités (Mont-Joli, Mont-Laurier, Ste-Adèle, Fermont, Chandler, LaSalle, St-Lambert) ont déjà fait l’acquisition de l’œuvre tandis que quatre autres (St-Félicien, La Sarre, Cap-Rouge, Magog) sont sur le point d’en faire autant.